La rédaction du mémoire CAFERUIS

Cet exemple de dossier d’expertise technique vise à vous donner un aperçu pratique des attentes académiques relatives à la rédaction de ce document aussi concis qu’exigeant sur la forme et le fond.

DOSSIER D’EXPERTISE TECHNIQUE

EPREUVE DE CERTIFICATION UF2

Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Encadrement et de Responsable d’Unité d’Intervention Sociale

Les rôles du chef de service dans le lancement d’un nouveau dispositif

Identification des freins et mobilisation de l’équipe

SOMMAIRE

Introduction 1

I. Contexte institutionnel 2

1. Le Foyer d’Accueil Médicalisé (FAM) « Arc-en-Ciel » 2

1.1 L’organisme gestionnaire 2

1.2 Le cadre législatif et réglementaire du FAM 2

1.3 Le public accueilli 3

1.4 Le financement 3

2. Le Dispositif d’Accompagnement de Personnes Handicapées A Domicile (DAPHAD) 3

2.1 Présentation du dispositif 3

2.2 L’équipe 4

2.3 Le déploiement du dispositif 4

II. Constats et réflexions 4

1. Offre inadaptée aux besoins ou territoire d’intervention trop limité ? 5

2. Des questionnements autour du projet 6

3. Instabilité et incertitude des professionnels 6

4. Une communication et une organisation interne à repenser 8

4.1. La communication interne 8

4.2. La prise des décisions 8

4.3. La coordination de la prise en charge des personnes accueillies 9

III. Préconisations en vue de dynamiser le lancement du DAPHAD 9

1. Au niveau du dispositif 10

2. Au niveau du département 10

Conclusion 11

Bibliographie

Annexes

GLOSSAIRE

AAH : Allocation Adulte Handicapé

AES : Accompagnant Educatif et Social

AMEC : Association Médico-Educative Chalonnaise

ARS : Agence Régionale de Santé

AS : Aide-Soignant

CAFERUIS : Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Encadrement et de Responsable d’Unité d’Intervention Sociale

CDAPH : Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées

CHS : Centre Hospitalier Spécialisé

DAPHAD : Dispositif d’Accompagnement pour Personnes Handicapées à Domicile

EHPAD : Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes

FAM : Foyer d’Accueil Médicalisé

IDE : Infirmière Diplômée d’Etat

MAS : Maison d’Accueil Spécialisée

MDPH : Maison Départementale des Personnes Handicapées

PBBS : Papillons Blancs Bourgogne du Sud

PIP : Plan Individuel Personnalisé

SAMSAH : Service d’Accompagnement Médico-Social pour Adultes Handicapés

UNAPEI : Union Nationale des Associations de Parents d’Enfants Inadaptés

Introduction

J’ai choisi d’effectuer mon stage CAFERUIS de 6 semaines au Dispositif d’Accompagnement pour Personnes Handicapées à Domicile (DAPHAD) du Foyer d’Accueil Médicalisé (FAM) de Sevrey dépendant de l’Association des Papillons Blancs Bourgogne du Sud (PBBS). La perspective de m’engager dans la création d’un service m’intéressait et me motivait particulièrement. Aussi, ayant travaillé pendant cinq années en qualité d’agent de service intérieur au sein de ce FAM, j’avais une certaine connaissance de la structure ainsi que des résidents.

Le DAPHAD ayant été créé le 1er mars 2022, à mon arrivée, il ne recevait pas encore d’usagers. La création de ce dispositif a été motivée par le nombre important de personnes en attente d’une place dans une structure de type FAM ou Maison d’Accueil Spécialisé (MAS) en Saône et Loire. En effet, lors du diagnostic, 250 personnes étaient orientées dans ce type de structures sur le département et constituaient ainsi un public cible pour le projet de service.

J’avais pour objectif de stage d’apporter mon expertise et aider l’équipe à mettre en place le service à domicile. A mon arrivée, l’équipe du DAPHAD a pris réellement connaissance du projet avec moi. Les démarches de contact et de communication auprès des potentiels futurs usagers n’avaient pas encore été débutées. Dans une posture de future Cheffe de Service, j’ai entamé une phase d’observation et organisé des rencontres avec les professionnels du service pour faire un état des lieux des besoins. Nous avons pris contact avec une trentaine de personnes et nous avons pu constater que les informations ViaTrajectoire n’étaient pas toujours actualisées : en effet, plusieurs usagers ont, par exemple, indiqué avoir trouvé une solution Suite à ce travail de prospection, j’ai pu comptabiliser seulement deux personnes susceptibles d’intégrer le DAPHAD. Je me suis alors interrogée sur l’adéquation du projet avec les réalités du terrain. Pourquoi ce dispositif ne rencontre-t-il pas ses usagers ? Je me suis demandée s’il ne fallait pas redéfinir le public ciblé ainsi que le cadre d’intervention limité à 30 km autour de Chalon-sur-Saône. Ainsi, j’ai décidé d’en faire mon sujet d’expertise. Comment réajuster un projet en fonction de la nouvelle réalité des besoins ? Comment accompagner les professionnels dans le lancement d’un nouveau dispositif ? L’idée est de partir de ce dispositif, d’en faire une évaluation afin de créer un service au plus près des besoins des usagers et du territoire.

Ainsi, dans un positionnement de cadre, je tenterai de voir à travers cette expertise technique les moyens de créer et de dynamiser le service. Dès le début de mon stage, j’ai été confrontée aux difficultés de l’équipe. L’accompagnement de l’équipe constitue selon moi un point central dans la réalisation de ce projet. Comment accompagner l’équipe à mettre en place une offre de service qui corresponde aux besoins du public sur le territoire ? Pour répondre à cette question, je ferai une présentation du contexte institutionnel dans la première partie de ce travail. Une deuxième partie présentant mes constats et réflexions sera suivie d’une troisième portant sur les préconisations en vue de mettre en œuvre ce dispositif afin de répondre au mieux aux besoins des personnes orientées.

  1. Contexte institutionnel
  2. Le Foyer d’Accueil Médicalisé (FAM) « Arc-en-Ciel »
  3. L’organisme gestionnaire

Le FAM dépend de l’association des PBBS1. Il s’agit d’une association de parents qui accompagne des personnes en situation de handicap et leurs familles. Le projet associatif s’appuie sur des valeurs telles que : le soutien aux familles, le respect mutuel, la bienveillance, la solidarité, la citoyenneté, la bientraitance, la dignité et la laïcité.

  1. Le cadre législatif et réglementaire du FAM

Le FAM relève de la loi 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale ainsi que du décret n°2009-322 du 20 mars 2009 relatif aux obligations des établissements et services accueillant ou accompagnant des personnes handicapées adultes n’ayant pu acquérir un minimum d’autonomie.

L’établissement a une autorisation pour :

  • « 48 places d’hébergement permanent, ouvert 365 jours par an
  • 2 places d’accueil temporaire, ouvert 365 jours par an
  • 10 places d’accueil de jour médicalisé, ouvert 251 jours par an
  • 12 places DAPHAD MAS FAM Hors les murs, ouvert 365 jours par an »2

Le FAM s’inscrit également dans le cadre d’autres textes législatifs et réglementaires :

  • La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
  • Le Décret n°2009-322 du 20 mars 2009 relatif aux obligations des établissements et services accueillant ou accompagnant des personnes handicapées adultes n’ayant pu acquérir un minimum d’autonomie
  • Le Décret n° 2017-982 du 9 mai 2017 relatif à la nomenclature des établissements et services sociaux et médico-sociaux accompagnant des personnes handicapées ou malades chroniques vise à faciliter l’individualisation des parcours et la programmation de la réponse aux besoins collectifs, parallèlement au développement des coopérations entre établissements et services et dans le cadre des conditions minimales d’organisation et de fonctionnement dont ils relèvent…3
  1. Le public accueilli

Les personnes accueillies au FAM « l’Arc en Ciel » présentent une déficience intellectuelle avec retard mental profond, sévère ou moyen, éventuellement associée à des déficiences motrices, somatiques, psychiques ou sensorielles. En effet, le FAM accueille des « personnes polyhandicapées4, présentant un dysfonctionnement cérébral précoce ou survenu au cours du développement, ayant pour conséquence de graves perturbations à expressions multiples et évolutives de l’efficience motrice, perceptive, cognitive et de la construction des relations avec l’environnement physique et humain, et une situation évolutive d’extrême vulnérabilité physique, psychique et sociale au cours de laquelle certaines de ces personnes peuvent présenter, de manière transitoire ou durable, des signes de la série autistique. »5

  1. Le financement

Le FAM est financé à la fois par l’Agence Régionale de Santé (ARS) pour la partie « soins » et par le département pour la partie « hébergement ». La personne handicapée participe à ses frais d’entretien et d’hébergement, le plus souvent déduits de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH).

Le quotidien des personnes accueillies est pensé par rapport au PIP (Plan Individuel Personnalisé). Ce document part des besoins et des désirs de chaque résident pour construire et lui proposer un accompagnement sur-mesure et des activités qui lui permettront de favoriser son autonomie, son indépendance, de maintenir ses acquis et de veiller à son bien-être.

  1. Le Dispositif d’Accompagnement de Personnes Handicapées A Domicile (DAPHAD)
  2. Présentation du dispositif

Le DAPHAD « MAS-FAM Hors les murs » (Annexe 1 Dépliant) a pour finalité de répondre à des besoins diversifiés en matière de prestations médico-sociales pour accompagner, à domicile, des personnes adultes en situation de polyhandicap ou poly-déficiences dans le respect des choix de vie, tant que cela est possible. Il s’agit d’un dispositif d’appui transitoire et complémentaire aux acteurs existants sur le territoire. Il s’appuie sur les ressources des établissements de l’association PBBS. Le dispositif s’adresse à des personnes adultes en situation de handicap avec une orientation de la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) de type MAS ou FAM. Le dispositif propose un accompagnement en fonction des besoins en termes de soins, d’aide à l’autonomie et à la participation sociale.

  1. L’équipe

L’équipe est actuellement constituée d’une coordinatrice, d’une Infirmière Diplômée d’Etat (IDE), d’une technicienne administrative et d’une Aide-Soignante (AS) embauchée fin mai 2022 (voir organigramme prévisionnel annexe 2). D’autres professionnels avaient été recrutés mais n’ont pas souhaité rester. L’équipe est installée dans des locaux dédiés, proches du FAM, sur la commune de Lux et donc à proximité de Chalon-sur-Saône. L’ergothérapeute du FAM est détaché à mi-temps sur le DAPHAD en vue d’apporter son éclairage.

Le Directeur et la Cheffe de Service du FAM se sont tous les deux investis dans la création et le démarrage du dispositif. Néanmoins, ils ne sont pas sur le site du DAPHAD et ne sont pas des interlocuteurs de proximité pour les professionnels.

Le recrutement est en cours mais des difficultés sont rencontrées pour recruter les membres de l’équipe éducative et de soins. A noter que 4 postes sur 8 ont été ouverts pour le lancement du service mais qu’un seul poste est pourvu à l’heure actuelle.

  1. Le déploiement du dispositif

Selon le projet de départ, le DAPHAD « MAS-FAM Hors les murs » ne se substitue pas complètement ou durablement à des acteurs existants mais doit permettre d’évaluer des situations, apporter une expertise complémentaire, étayer des accompagnements, construire des réponses partenariales, dans une logique de plateforme départementale (voir principes en annexe 3).

A ce jour, le déploiement du dispositif commence depuis le FAM de Sevrey sur le territoire du Chalonnais (dans un rayon de 30km). Par la suite, le déploiement complet devrait s’effectuer autour de l’ensemble des MAS et FAM de l’association PBBS. Le cadre expérimental du service se structure sur 12 places pour une file active de 20 personnes. A terme, le service devrait fonctionner 7 jours sur 7 toute l’année. Il est à 100% financé par l’ARS.

  1. Constats et réflexions

Pour rappel, le DAPHAD a été créé en mars 2022.

Des missions très variées ont été confiées aux professionnels recrutés afin d’assurer le lancement du dispositif. Après une phase d’observation et de connaissance du public du FAM de Sevrey, les membres de l’équipe ont eu la commande de s’imprégner des outils utilisés sur le FAM et de créer des outils spécifiques au DAPHAD. Dans le même temps, il fallait gérer la logistique d’un emménagement, les achats de matériel et commencer à prendre contact avec d’éventuels futures personnes à accompagner. Entre mai et mi-juin, environ 30 personnes ont été contactées. La coordinatrice et l’IDE ont fait 6 rencontres d’évaluation. Les autres entretiens ont été faits par téléphone. A l’issue de mon stage fin juin, 2 accompagnements ont été envisagés mais aucun n’a démarré. Le fait d’être quasiment tout le temps présente sur le DAPHAD durant la seconde partie de mon stage m’a permis de me rendre compte des difficultés rencontrées par l’équipe. Les entretiens réalisés auprès des différents professionnels du DAPHAD ont confirmé mes constats (voir grille d’entretien en annexe 4).

  1. Offre inadaptée aux besoins ou territoire d’intervention trop limité ?

Le service a été pensé à partir des orientations FAM-MAS sur le territoire : 250 personnes en attente mais, au préalable, n’aurait-on pas dû questionner ces personnes sur leur besoins et attentes ? Sur le périmètre d’intervention, soit 30 km autour de Chalon, il y a finalement peu de personnes en situation de polyhandicap ou poly-déficience souhaitant un accompagnement à domicile. A l’origine, le projet était prévu sur un autre territoire (Le Breuil) et, pour des questions d’organisation et de disponibilité des cadres en place, il a été “déplacé” et est parti du FAM de Sevrey. Ce changement de territoire peut-il expliquer en partie le fait que le dispositif ne rencontre pas ses usagers ?

Sur le territoire, nous avons contacté des personnes mais celles-ci ne correspondent souvent pas au public ciblé dans le projet de service. Nous donnons de l’espoir aux gens et finalement, l’offre ne leur correspond pas (on m’a demandé “à quoi vous servez ? Pourquoi nous appeler si c’est pour dire que vous ne pouvez rien faire pour nous ?”). Pour d’autres qui pourraient correspondre au public, le dispositif ne répond pas à leurs attentes : certaines personnes attendent juste une place en foyer et ne souhaitent pas d’aide (elles veulent une place et sont déçues quand elles comprennent que ce n’est pas ce qu’on leur propose). Environ 80% des personnes contactées ont des problématiques psychiatriques. Or, ce public est normalement orienté vers d’autres associations plus spécifiques (Pupilles de l’Enseignement Public PEP notamment) et d’autres services spécialisés comme les Service d’Accompagnement Médico-Social pour Adultes Handicapés (SAMSAH).

Des familles ont été déstabilisées suite à nos prises de contact, car le DAPHAD n’était pas adapté à leurs attentes. On part d’un diagnostic fait à un instant T par le biais de fiches ViaTrajectoires plus forcément à jour et des orientations FAM-MAS par la MDPH. Celle-ci oriente le public vers l’établissement le plus proche sans regarder la spécificité du FAM ou de la MAS. Cette logique géographique préférée par les familles peut aller à l’encontre des besoins. Donc, les personnes sur la liste d’attente du FAM ne correspondent pas forcément à notre public cible, un public polyhandicap.

Il est ainsi nécessaire de se (re)questionner sur le public ciblé. Sur le territoire d’intervention défini, seulement 20% des personnes contactées pourraient correspondre. La solution serait d’élargir le territoire d’intervention à la Saône et Loire. L’évaluation du public sur l’ensemble du département nous permettrait de voir si notre offre correspond à la réalité des besoins.

  1. Des questionnements autour du projet

J’ai observé assez rapidement que les membres de l’équipe n’avaient pas lu le projet de service en détail et n’étaient donc pas suffisamment informés. En effet, certains professionnels ont pris connaissance du projet à mon arrivée et se sont dit surpris par certaines informations. Un Accompagnant Educatif et Social (AES) a par exemple été étonné d’un nombre important de nuits travaillées à terme, sans en percevoir l’intérêt. Un autre se questionnait sur le sens des termes employés dans le projet. Peut-on définir le DAPHAD comme temporaire et transitoire quand il a pour mission de répondre aux besoins de personnes vivant à domicile par choix. En effet, ne pourrait-on pas envisager que certaines interventions soient essentielles pour le bien-être de la personne et puissent perdurer ?

Nous avons commencé la présentation aux autres structures à partir du mois de mai car la coordinatrice rencontrait des difficultés à présenter le service sans outils de communication et de présentation adaptés. Cette présentation aux autres acteurs et partenaires n’a pas été chose aisée, le dispositif étant en phase de lancement. La nécessité de créer des outils a été rendue difficile par la méconnaissance de la population accueillie et de ses besoins. Nous avons tout de même créé un dépliant et un power point présentant le DAPHAD, supports à revoir ou étoffer si besoin. D’autres outils ont été envisagés par la Direction mais il semblait, dans l’immédiat, difficile pour l’équipe de se les approprier.

  1. Instabilitéet incertitude des professionnels

Comme nous l’avons vu précédemment, une petite équipe compose le service. Les horaires de travail sont pour l’instant de 9h à 17h, mais des horaires d’internat sont envisagées pour l’équipe éducative et soignante. La création de l’équipe est mise à mal, ce qui revient dans tous les discours : “Difficultés à se projeter, inquiétudes quant à l’avenir, manque de visibilité, difficulté à construire l’équipe et donc à faire cohésion…”. Certains sont amenés à démissionner éprouvant une impossibilité à se projeter dans l’avenir, le projet n’étant pas suffisamment clair pour eux et, aussi, du fait de l’absence de personnes à accompagner à l’heure actuelle. Des professionnels confient se trouver dans une position inconfortable, apprécient l’autonomie et la confiance accordée mais disent “manquer de cadre”. Certains se demandent s’ils n’ont pas été recrutés trop tôt et admettent ne pas réellement comprendre leurs missions. J’ai pu constater que le fait de ne pas pouvoir se projeter sur un roulement horaire avait un impact important sur les recrutements. Le travail n’est pas assez sécurisant. Lors des entretiens, certains professionnels ont exprimé leur frustration du fait de ne pas avoir pu participer aux entretiens “usagers”, missions dédiées à la coordinatrice et l’IDE ou l’ergothérapeute.

Il est encore difficile de faire venir des usagers étant donné que l’offre n’est pas encore clairement définie. Or, il est aussi difficile de recruter des professionnels si on n’a pas de public à accompagner. Du fait du lancement du service, il est demandé une grande polyvalence au personnel ce qui peut être un frein au recrutement : ménage, commande de matériel, réception des livraisons, réflexion autour de la signalisation du service, mise en place de la téléphonie, création d’outils de communication, sont autant de tâches confiées aux professionnels qui peuvent accentuer les difficultés à trouver du sens à leur fonction et leur place au sein du service. Je remarque qu’un AES n’a rencontré aucun usager, aucune famille ni aucun partenaire pendant 2 mois ; n’aurait-on pas pu éviter sa démission en lui permettant de contacter d’éventuels usagers ?

Durant la phase de lancement, et comme les ressources humaines nécessaires à la mise en œuvre du projet ne sont pas encore suffisantes, il est important de rassurer les professionnels sur le fait que leur travail et leurs missions actuelles sont en lien avec la création du service et ne correspondent pas à ce qu’elles seront à terme lorsque celui-ci aura “rencontré” ses usagers.

A la fin de mon stage, seule une AES intervenait sur le dispositif alors qu’un AES et deux AS étaient toujours en recrutement. Ce manque de personnel impacte la mise en œuvre du dispositif. Une question se pose alors : comment promouvoir les prestations avec une équipe incomplète ? Il est difficile de présenter un service pour répondre à d’éventuels besoins alors que les personnes qui prendront en main l’accompagnement ne sont pas encore recrutées. Ce blocage se manifeste aussi lors de la présentation du dispositif aux partenaires et à d’autres structures afin de leur demander s’ils auraient à leur connaissance des personnes dont les besoins pourraient être pourvus par le DAHPAD. A chaque présentation du service, il est nécessaire de préciser qu’il est en cours de construction, que les interventions ne pourront pas s’organiser dans l’immédiat notamment sur des situations complexes, car les moyens manquent, notamment en termes de personnel. Cela crée une certaine réticence et freine le lancement du dispositif, et donc la création de l’équipe et la fidélisation du personnel.

  1. Une communication et une organisation interne à repenser

La communication interne, la prise de décisions et la coordination de la prise en charge des personnes accueillies expliquent aussi les difficultés de lancement du dispositif.

  1. La communication interne

Le problème de communication est souvent mis en exergue dans le service. Outre la communication autour du projet qui semble insuffisante et peu claire, j’ai aussi constaté un problème de communication au sein de l’équipe et avec la Direction. (Remarque : précisez la nature de ces difficultés de communication et dites-nous ce que vous en pensez ?) Par ailleurs, les professionnels n’étaient, pour la plupart, pas experts dans le domaine du handicap et du domicile, ce qui a engendré des problèmes au niveau de la communication, de la compréhension et de la circulation des informations. Le fait qu’il n’y ait pas de cadre de proximité sur le service n’a pas facilité les choses. La coordinatrice a pu exprimer à plusieurs reprises lors de l’entretien le fait d’avoir du mal à comprendre ses réelles missions, à trouver sa place. Elle s’est retrouvée souvent dans des situations délicates et gênantes. Il lui est arrivé d’appeler des familles alors que la personne concernée était décédée, hospitalisée en soins palliatifs, au CHS ou autre. Elle a dit se sentir “exclue” de la réflexion concernant les personnes à contacter et “souhaiter participer” au travail avec la Direction et le secrétariat. Aussi, n’ayant pas de lien hiérarchique avec les autres membres de l’équipe du DAPHAD, elle a évoqué des “difficultés au niveau de la communication des informations et de la légitimité de ses fonctions.”(Remarque : qu’en concluez-vous ?)

  1. La prise des décisions

J’ai aussi constaté un certain manque de réactivité dans la prise des décisions par la Direction et le fait que les décisions ne soient pas réellement posées et claires pour les professionnels. Par exemple après certaines réunions, les salariés n’avaient pas compris la même chose et attendaient parfois la réunion suivante pour poser des questions. Cela s’est par exemple produit concernant la situation d’une personne : j’avais compris que nous pouvions lancer un accompagnement alors que la coordinatrice avait compris qu’il fallait attendre, le Directeur n’ayant pas spécifiquement dit que nous pouvions contractualiser et dans quelle mesure. Suite à cette situation précise, j’ai retravaillé avec l’équipe sur le protocole d’admission.

Les procédures mises en place au sein de l’association peuvent accentuer les délais de prise de décision. L’équipe est parfois dans le flou, en attente des retours. Cela peut être à l’origine d’une démotivation. Certains aimeraient également commencer à réaliser des accompagnements mais l’absence d’usagers ne le permet évidemment pas.

  1. La coordination de la prise en charge des personnes accueillies

Les fiches ViaTrajectoires des personnes orientées au FAM de Sevrey6 ont été transmises à la secrétaire qui avait pour mission de contacter les personnes afin de connaître leur situation actuelle et savoir si elles pouvaient ou non être intéressées par le dispositif. Cela engendre des difficultés pour cette professionnelle qui venait d’un Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) et ne connaissait pas le secteur du handicap.

Il y a également des difficultés avec la coordinatrice qui n’a pas les informations et qui pensait que cela faisait plutôt partie de ses missions à elle et non de celle d’une secrétaire, d’autant plus qu’il lui était souvent nécessaire de rappeler les personnes afin de mieux comprendre la situation.

Aussi, les difficultés liées aux cultures professionnelles et formations initiales de l’équipe pluridisciplinaire génèrent parfois des problèmes de communication et de compréhension mutuelle (exemple de l’IDE qui vient d’un service de réanimation et ne connaît pas le public, les institutions du médico-social, les termes employés…).

Certains points semblent à retravailler au niveau de l’organisation interne. Il est actuellement difficile de fidéliser les professionnels, car ceux-ci se trouvent dans l’incertitude, de créer des outils de travail, de penser un roulement horaire… en l’absence d’usagers. Le problème est de réussir à sortir de ce “cercle vicieux”.

Cet ensemble de constats interroge sur la crédibilité d’un dispositif en raison d’un diagnostic déficient et incite à en redéfinir les objectifs, à se projeter dans l’ajustement du projet fonction des besoins, du cadre d’intervention.

  1. Préconisations en vue de dynamiser le lancement du DAPHAD

Force est de constater le décalage entre le projet pensé et ce que l’on rencontre sur le terrain à son lancement. Il y a un certain écart entre la réalité des besoins et les orientations du dispositif pensé à partir de problématiques différentes. Afin de réajuster le DAPHAD, il est essentiel d’aller à la rencontre des familles pour connaître leurs besoins et leurs attentes. Aujourd’hui, on aurait besoin de poser un nouveau diagnostic : repérer les personnes orientées depuis longtemps mais aussi, et surtout, les prochaines.

Tout cela m’amène à repenser également mon rôle en tant que cadre intermédiaire. Il est important de faire évoluer les pratiques en tant que Chef de Service dans l’intérêt des usagers et des membres de l’équipe, en tenant compte du projet de service.

C’est ainsi que j’ai pu formuler les préconisations présentées ci-après :

  1. Au niveau du dispositif

Penser la mise en place du dispositif différemment pour garder les professionnels qui arrivent. 

De plus, il me semble important de recruter un chef de service, celui du FAM n’étant pas toujours disponible. Son rôle serait de faciliter la mise en œuvre du dispositif à travers ces missions :

  • Renforcer la connaissance du DAPHAP : faire connaître le dispositif (objectifs, cible, cadre d’intervention…)
  • Redonner du sens aux pratiques professionnelles : éclaircir les rôles de chacun et reconnaître les compétences suivant les missions attribuées aux membres de l’équipe
  • Garantir la réalisation des objectifs du dispositif en assurant l’organisation des différentes activités.

L’objectif est de créer un cadre d’intervention clair pour les professionnels afin de leur permettre de savoir ce qu’ils ont à faire et les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. C’est ainsi que nous pourrons lancer le dispositif en tenant compte du vécu et des attentes de l’équipe mais aussi et surtout en considérant les besoins des personnes ciblées.

  1. Au niveau du département

Pour que le parcours des personnes en situation de polyhandicap soit bien organisé et que leur orientation corresponde à leurs besoins et soit effectuée dans les meilleurs délais, il est important de leur faire connaître tous les dispositifs existants. En effet, je pense que les personnes et leurs familles ne sont pas suffisamment informées sur les différents établissements et services implantés sur leur territoire. Elles peuvent donc préférer un établissement plutôt qu’un autre pour une question de proximité sans savoir si cet endroit correspondra à leurs besoins. Il est donc important de bien expliquer les spécificités FAM-MAS aux familles. Il me semble primordial de communiquer davantage en proposant par exemple des temps de permanence pour répondre aux questions, des réunions d’information, des plaquettes de présentation des structures…

Aussi, la mise en place ou le déploiement d’équipes mobiles permettrait d’expliciter l’offre existante et de contacter les futurs usagers de manière périodique afin de savoir où ils en sont (annuellement par exemple). Cela permettrait une mise à jour régulière des fiches ViaTrajectoires qui aurait permis d’éviter de contacter certaines personnes (décès/accueil en établissement/CHS…). Néanmoins, est-ce vraiment aux associations de mettre en place ces équipes mobiles et pas plutôt aux départements ?

Enfin, je pense qu’une meilleure communication et une étroite collaboration avec la MDPH sont nécessaires pour que, dès qu’une personne correspondant au profil du DAPHAD est identifiée, elle soit orientée sur le DAPHAD avec en précision “dans l’attente d’une place en FAM ou MAS”. On peut en effet imaginer que le dispositif serait bien plus utile et indispensable dès la première orientation en FAM ou MAS pour aider les personnes et soulager leurs familles. Cela permettrait aussi de fluidifier le parcours des personnes accompagnées et ainsi éviter les ruptures.

Conclusion

Ce stage a été pour moi très formateur, une occasion de voir les réalités du DAPHAD pensé pour répondre à des problématiques évolutives. C’est souvent le cas des projets dans le secteur médico-social car c’est un domaine en continuelle évolution, non seulement en ce qui concerne les politiques publiques, mais surtout par rapport aux besoins des usagers. En tant que travailleurs sociaux, nous nous devons de rester attentifs à ces changements qui influent sur nos missions et incitent à remettre en question nos pratiques. Ce stage a engendré un important travail de réflexion dans un positionnement de cadre. En effet, j’estime qu’une équipe, pour bien travailler, a besoin d’un cadre qui puisse mettre en place toutes les conditions nécessaires à la réalisation de ses missions. Le stage au DAPHAD m’a permis de voir qu’en l’absence de cadre intermédiaire, l’organisation et la communication sont mises à mal ; on ne sait pas qui fait quoi et pour quels objectifs, les fiches de postes étant absentes ou pas claires. Pour lancer le DAPHAD, le recrutement d’un chef de service me paraît urgent. Celui-ci pourra, avec son équipe, revoir les contours du projet, quitte à redéfinir les prestations et réajuster le cadre d’intervention, au regard d’éléments concrets que j’ai déjà pu identifier lors de la réalisation de cette expertise technique. On ne peut pas penser à tout, d’où l’importance de réajuster sans cesse notre travail, nos missions afin qu’elles puissent correspondre aux besoins évalués sur le terrain. Cette démarche d’ajustement des pratiques entre dans l’amélioration continue, et se fait à travers une évaluation régulière. La conduite de telles démarches relève des missions du cadre intermédiaire, ce qui souligne encore une fois la nécessité d’un recrutement pour le DAPHAD. Au vu de la situation actuelle du dispositif, et du fait qu’aucun Chef de Service n’ait été recruté jusqu’à présent sur le DAPHAD, je pose la question : n’aurait-on pas dû commencer par cela ?

BIBLIOGRAPHIE

ANESM, Les attentes de la personne et le projet personnalisé. Saint‐Denis, 2008.

NUSS M. « Handicap, perte d’autonomie – Oser accompagner avec empathie »

DESNOUETTE C. Polyhandicap au quotidien. Montrouge : ESF, 2017.

DUTHEIL N. (2005), « Les personnes polyhandicapées prises en charge par les établissements et services médico-sociaux », Études et Résultats, DREES, n° 391.

MAKDESSI Y. (2012), « Les maisons d’accueil spécialisé et les foyers d’accueil médicalisé : similitudes et différences », document de travail, série Études et recherches, DREES, n° 141.

https://www.pbbs.fr/adultes/fam-arc-en-ciel
https://www.legifrance.gouv.fr
https://www.has-sante.fr
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3215404/fr/l-accompagnement-de-la-personne-polyhandicapee-dans-sa-specificite

UNAPEI, Polyhandicap et citoyenneté, un défi pour tous : Garantir et développer un accompagnement adapté aux personnes polyhandicapées. https://www.france-assos-sante.org/wp-content/uploads/2016/03/unapei_livre_blanc_polyhandicap_et_citoyennete.pdf

ANNEXES

Annexe 1 : Dépliant DAPHAD

Annexe 2 : Organigramme DAPHAD

Annexe 3 : Principes du DAPHAD

Annexe 4 : Grille d’entretien

Donner la possibilité aux adultes en situation de polyhandicap d’exercer leurs droits et tenir compte de leurs attentes, compétences et besoins

Proposer des prestations adaptées à chaque personne

Privilégier l’accompagnement vers le droit commun

Organiser la coordination des parcours

Renforcer les coopérations avec les partenaires extérieurs

Bâtir une organisation agile, adaptable et modulable

Construire une offre décloisonnée sur le territoire

Objectifs à atteindre

Moyens pour les atteindre

Entretien d’une heure avec chaque professionnel du DAPHAD, réalisé dans la seconde partie de mon stage.

1/ Connaissiez-vous le secteur médico-social avant d’être embauché sur le DAPHAD ?

*Si non, cela vous met-il dans une situation inconfortable par rapport à votre travail actuel ?

*Si non, quel effet cela peut avoir sur le lancement du service selon vous ?

2/ Pouvez-vous dire en quoi consistent vos missions sur le DAPHAD ?

3/ Vous sentez-vous en difficulté dans vos missions aujourd’hui ?

*Si oui en quoi ?

4/ De quoi auriez-vous besoin ?

5/ Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Avez-vous des choses à ajouter ?

1Déclarée au Journal Officiel le 27.03.1956, l’association « Les Papillons Blancs de Chalon-sur-Saône, Louhans et leur région » est régie par la Loi du 1er juillet 1901 et reconnue d’utilité publique. Elle est affiliée à l’UNAPEI (Union Nationale des Associations de Parents d’Enfants Inadaptés). En 2021, les papillons blancs du Creusot et de sa région, les papillons blancs de Chalon, Louhans et leur région, ont fusionné pour devenir LES PAPILLONS BLANCS BOURGOGNE DU SUD (PBBS).

2 Site internet de l’Association https://www.pbbs.fr/adultes/fam-arc-en-ciel

3https://www.legifrance.gouv.fr/

4L’établissement se réfère à la définition du polyhandicap du CTNERHI (Centre Technique National d’Etudes et de Recherches sur les Handicaps et les Inadaptations) : « Association de déficiences graves avec retard mental sévère ou profond (au sens de l’OMS : QI inférieur à 50) entraînant des incapacités diverses qui appellent des réponses individualisées. Les personnes polydéficientes, du fait de leur restriction d’autonomie, nécessitent des aides humaines proches et permanentes et souvent des aides techniques individuellement adaptées »

5Définition de la HAS sur https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2020-11/polyhandicap_synthese_vdef.pdf

6 Par la suite d’autres fiches ont été demandées à la MDPH concernant les personnes orientées dans d’autres FAM du département relativement proches avec une spécificité polyhandicap afin d’élargir les recherches

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